L'utilisation des bases de données nécessite de connaître la méthode et les buts poursuivis par les concepteurs de la base. Il convient d'en définir les possibilités mais également d'en préciser les limites afin d'utiliser ces bases à bon escient et de ne pas leur faire dire ce pourquoi elle n'ont pas été faites. Une base de données de botanique rassemble de manière standardisée et homogène des informations sur les plantes.
L'origine des données est diverse :
A. La structure de la base de données
Les données botaniques sont caractérisées par une grande hétérogénéité orthographique, typographique et synonymique, par une grande diversité des noms scientifiques des plantes, des localisations géographiques, des citations des noms des observateurs et botanistes, des références bibliographiques, des types d'habitat, des dénominations des associations phytosociologiques, etc. La simple copie des données brutes dans une structure informatique est de faible utilité. Elle ne permet par la suite que des recherches aléatoires (sur des noms d'espèces ou des communes et lieux dits) et n'autorise aucune synthèse. Dans une base de données, à côté des données brutes (obligatoirement saisies) il est nécessaire de procéder à une standardisation des informations brutes pour que la base soit exploitable techniquement et scientifiquement. Cette opération passe souvent par des choix scientifiques ou techniques explicites (sous la forme de référentiels) et parfois par des simplifications.
B. Les principales sources
La base de données s'est constituée à partir de plusieurs grandes sources d'informations.
S'il n'y a pas de « Code Source », cela indique que la donnée a été publiée dans une revue, un ouvrage, une thèse ou un diplôme, un rapport d'activités ou rapport d'étude, des articles de journaux ou des sites internets publics, disponible dans des bibliothèques, notamment les bibliothèques universitaires, la bibliothèque de la DIREN - Alsace, les bibliothèques des Parcs Naturels régionaux, etc. ou sur internet.
Si une source est indiquée, cela signifie que la donnée n'était pas publiée lors de la saisie de l'information. Il s'agit de rapports internes, de notes manuscrites, de fichiers informatisés. Par la suite, les données ont pu être publiées par ailleurs. Les principales sources sont :
C. Les problèmes des espèces, des dates, des sources, des communes et des lieux-dits et les propositions de solutions
1. Les espèces
Les bases de données rassemblent toutes les observations floristiques réalisées en Alsace, que l'espèce soit indigène, introduite, naturalisée, adventice ou cultivée. En particulier les cartes de répartition de l'if ou du buis ne reflètent pas leurs aires naturelles, mais leurs aires réelles de répartition. Il en est de même avec certaines espèces qui sont indigènes mais également ornementales, comme les dauphinelles, les aconits, l'épervière orangée, le polemonium. Un commentaire permettra de préciser les répartitions naturelles.
Certaines espèces ont été introduites intentionnellement dans des sites naturels par des botanistes, comme Eranthis hyemale, Poa alpina et un rhododendron dans les Hautes-Vosges, divers saxifrages, Myrrhis odorata, Aconitum napellus au Champ du Feu, Gladiolus palustris et Typha shuttleworthii à la Petite Camargue Alsacienne, Acorus calamus dans divers étangs, Myricaria germanica, etc. Ces espèces sont présentes dans l'atlas, mais leur localisation doit être discutée, souvent au cas par cas. Là aussi, un commentaire précisera leur indigénat.
Quelques confusions d'épithète d'espèce sont possibles, comme Crepis alpestris qui a été cité par la Pasteur Gonthier Ochsenbein dans plusieurs publications, sous le nom de Hieracium alpestre. Il s'agit fort probablement d'une confusion typographique ou d'une erreur de saisie avec Hieracium alpinum qui lui est bien présent dans la même localité et avec la même écologie. Comme il n'y a pas de spécimen d'herbier de Hieracium (Crepis) alpestre dans l'herbier d'Alsace, sa présence est certainement une erreur.
2. Les dates
Le problème de la date est important. Un botaniste peut très bien publier des observations anciennes sans spécifier la date de la première observation. Dans un article de synthèse, l'auteur peut parfois utiliser des données historiques. Ceci est plus particulièrement le cas des flores et notamment de la Flore d'Alsace. La question suivante s'est notamment posée pour une donnée citée dans la Flore d'Alsace : faut-il mettre 1965, date de la première publication, 1982, date de la réédition, sachant que les observations des trois botanistes Issler, Loyson et Walter sont antérieures à 1953, année du décès du dernier d'entre eux, Emile Walter ? Le cas s'est également présenté récemment pour une publication dans laquelle l'auteur cite en 1992 des informations concernant des plantes messicoles qu'il avait observées dans les années 1950, sans préciser dans l'article en question s'il s'agissait d'observations anciennes ou réactualisées. Un cas similaire concerne des listes de plantes potentielles qui avaient été distribuées à des étudiants avant une sortie botanique, listes datées du jour de la sortie. Ces listes ont été saisies comme le compte rendu de la sortie alors que plusieurs espèces n'avaient pas été revues à cette occasion.
Enfin, certaines dates peuvent paraître fantaisistes, notamment pour des dates très anciennes. Certaines sont tirées de plantes du célèbre ensemble appelée le "Rétable d'Issenheim" de Mathias Grünewald, 1516, où près d'une vingtaine d'espèces sont représentées et identifiables. D'autres concernent de très vieux arbres et indiquent un age approximatif.
3. Les sources
La source, c'est-à-dire très généralement le nom du botaniste qui a fait l'observation, est le plus souvent clairement indiquée. Mais parfois, un auteur cite des observations d'autres botanistes, en l'indiquant soit en remerciements, soit en bibliographie, mais en n'associant pas la donnée à l'auteur dans le texte proprement dit. Dans ce cas la source réelle est souvent indétectable dans le texte, et l'observation est attribuée à l'auteur de la publication.
Dans les travaux de synthèse, un auteur peut citer des observations dont il n'est pas l'inventeur, sans spécifier qui en est le premier observateur. Si, pour les espèces banales le problème est limité, dès qu'il s'agit d'espèces rares ce n'est plus le cas. Dans la mesure du possible, il est utile d'interroger l'auteur de ces travaux de synthèse.
Les plans de gestion, les documents d'objectifs, les rapports administratifs, les études d'impact ou d'environnement, les dossiers d'Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope (A.P.P.B.), de Réserves naturelles, de Réserves biologiques, etc. posent également des problèmes d'attribution des données. Souvent, l'observateur n'est pas cité et ces rapports sont rarement signés. Dans ce cas l'attribution de la donnée est faite à l'organisme, au bureau d'étude ou à l'association auteur du rapport. De plus, certains rapports compilent parfois des données souvent fort anciennes sans indiquer les dates réelles et les sources des observations citées.
4. Les communes
L'Alsace (et le département de la Moselle) ayant eu deux langues officielles (français et allemand) et ayant plusieurs dialectes, un très grand nombre de noms de lieux a été modifié dans les années 1870, 1920, 1940 et 1945. De plus des noms sont tombés en désuétude et d'autres sont apparus pour la même localité, avec parfois des "francisations" éphémères. La compilation des cartes anciennes permet dans la plupart des cas de résoudre les problèmes d'attribution, mais il reste certainement des erreurs d'interprétation.
Le type de citation de la localité a également évolué dans le temps. Les botanistes du 19ème siècle et du début du 20ème siècle citaient souvent une localité de manière assez vague, par exemple Benfeld pour le Ried Centre-Alsace, Wissembourg pour l'Outre-Forêt, Saverne pour tout l'arrière Kochersberg et les Vosges du Nord, Barr pour toute la région entre le Mont Sainte-Odile, le Hohwald et l'Ungersberg, Munster pour les deux vallées de la Petite et de la Grande Fecht, Thann pour la vallée de Saint-Amarin, Mulhouse pour la Hardt, Altkirch pour le Sundgau, Ferrette pour le Haut-Sundgau, Saint-Louis pour le sud-est du Haut-Rhin, etc. Ces communes se retrouvent avec un très grand nombre d'espèces patrimoniales alors que généralement les plantes sont situées sur des communes voisines. Dans le même ordre d'idée, beaucoup de plantes situées à Ban-de-la-Roche - Waldersbach se situent en réalité dans toute la région dites du "Ban de la Roche" et englobe donc le Champ du Feu. Il convient donc d'être très prudent sur la réelle richesse botanique de ces communes.
Quelques communes posent également des problèmes d'homonymie, comme Bouxwiller, Strueth, Eschbach-au-Val et Eschbach pour le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Pour les communes divisées en "haut" et "bas", comme Seppois le Haut et Seppois le Bas, Oberhaslach et Niederhaslach, on a parfois uniquement l'information Seppois ou Haslach. Signalons aussi les cas de citation incomplète des noms des communes comme Saulxures : Saulxures (67), Saulxures-les-Nancy (54), Saulxures-les-Bulgneville et Saulxures-sur-Moselotte (88) ; ou comme Soultz : Soultz-les-Bains (67), Soultz-sous-Forêts (67) et Soultz-Haut-Rhin (68) ; et encore Herrlisheim : Herrlisheim-Haut-Rhin (68) et Herrlisheim-Bas-Rhin (67).
Un cas particulier concerne les botanistes allemands qui ont travaillé en Alsace durant l'annexion (1871-1918). Il n'est pas rare que ces botanistes ont publié des informations concernant des plantes d'Alsace, du Pays de Bade ou du Palatinat, parfois de Suisse ou de Forêt Noire, dans une même publication, sans en préciser toujours l'origine administrative ou géographique. Le nombre de communes ou de lieux-dits homonymes augmente alors considérablement.
Souvent, la biographie du botaniste, la connaissance de ses lieux de récoltes habituels, la comparaison avec d'autres observations effectuées à la même époque, permet d'attribuer la commune la plus probable à une donnée, mais il subsiste parfois des doutes.
5. Les lieux-dits
Les noms des lieux-dits présentent des homonymies très nombreuses : Hardt, Bruch, Neumatt, etc., se retrouvent dans un grand nombre de communes ; Steig, Bruechel, Geisberg, Schleif, etc. sont très fréquents.
Certains noms de communes peuvent aussi être des noms de lieux-dits dans d'autres communes, d'où parfois des confusions lorsque l'indication est succincte. Par exemple :
Certaines dénomination officielle de localitées sont trompeuses, par exemple la Camp militaire d'Oberhoffen est situé en grande partie sur le ban communal de Haguenau, le Camp militaire de Bitche est partagé entre Bitche, Haspelschiedt et Sturzelbronn. Le Ballon de Soultz (maintenant dénommé Grand-Ballon) n'est situé que pour une très petite partie sur la commune de Soultz, le Signal de Fénétrange est une colline située près de Lutzelbourg, etc.
Un certain nombre d'observations ne sont pas reliées à des communes mais à des unités géographiques, comme par exemple : Massif du Hohneck, Grand Ballon, forêt de la Hardt, Nonnenbruch, le long de la Bruche, etc. Dans ce cas, lorsque l'espèce est très rare et sa localisation bien connue, ou lorsque la lecture de l'article ou de l'itinéraire permet d'attribuer une commune, celle-ci est indiquée. Mais il reste souvent des doutes pour les observations faites sur la plupart des sommets vosgiens, dans les grande massifs forestier ou le long des rivières.
CONCLUSION SOUS FORME D'AVERTISSEMENT
Les données devront être utilisées avec prudence, en tenant compte des remarques présentées ci-dessus. Les cartes doivent être considérées comme des documents appelés à évoluer et à se compléter.
La plupart des informations concernant les plantes très rares ont été vérifiées ou sont en cours de validation par la Société Botanique d'Alsace, mais il reste certainement des imprécisions ou même des erreurs. Il est donc vivement conseillé aux utilisateurs de cette atlas de contacter la Société Botanique d'Alsace en cas de doute ou lorsque les enjeux concernant l'espèce considérée sont importants. Une vérification sur le terrain est toujours souhaitable. La consultation de l'atlas donne des informations qui pourront orienter utilement des recherches sur le terrain, mais il ne peut se substituer aux études de terrain.
La Société Botanique d'Alsace cite tous les auteurs des données présentées. Elle laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs observations botaniques et géographiques.
Michel HOFF
Président de la Société Botanique d'Alsace